Christifideles laici

Jean-Paul II : exhortation apostolique après synode sur la vocation et la mission des laïcs dans l’Église – Christifideles Laici n°10 11 et 14

10. Le Baptême et la nouveauté chrétienne
Il n’est pas excessif de dire que la vie entière du fidèle laïc a pour but de le porter à connaître la radicale nouveauté chrétienne qui découle du Baptême, sacrement de la foi, pour qu’il puisse en vivre les obligations selon la vocation que Dieu lui a fixée. Pour dessiner la « figure » du fidèle laïc, examinons de façon plus directe et explicite, entre autres, les aspects fondamentaux suivants: Le Baptême nous fait naître à la vie d’enfants de Dieu; il nous unit à Jésus-Christ et à son Corps qui est l’Eglise; il nous confère l’onction dans l’Esprit Saint en faisant de nous des temples spirituels.

11. Enfants de Dieu dans le Fils unique
Souvenons-nous des paroles de Jésus à Nicodème: « Oui, vraiment, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, on ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu » (Jn 3,5).Le baptême est donc une nouvelle naissance, c’est une régénération.
C’est précisément en pensant à cet aspect du don du baptême que l’apôtre Pierre entonne ce chant: « Béni soit Dieu, le Père de Jésus-Christ notre Seigneur; dans sa grande miséricorde, Il nous a fait renaître, grâce à la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement » ( 1P 1,3-4).Et il donne le nom de chrétien à ceux que Dieu « a fait renaître, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable: sa parole vivante qui demeure » ( 1P 1,23).
Par le baptême chrétien nous devenons fils ou filles de Dieu, dans son Fils unique, Jésus-Christ. Au sortir des eaux des fonts baptismaux, chaque chrétien entend à nouveau la voix qui fut entendue un jour sur les rives du Jourdain: « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur » ( Lc 3,22), et il comprend ainsi qu’il a été associé au Fils bien-aimé, en devenant fils adoptif (cf. Ga 4,4-7) et frère du Christ. Ainsi se réalise dans l’histoire de chaque homme l’éternel dessein de Dieu: « Ceux qu’Il connaissait par avance, Il les a aussi destinés à être l’image de son Fils, pour faire de ce Fils l’aîné d’une multitude de frères » ( Rm 8,29).
C’est l’Esprit Saint qui fait que les baptisés sont fils ou filles de Dieu et en même temps membres du Corps du Christ. Saint Paul le rappelle aux chrétiens de Corinthe: « Nous avons tous été baptisés dans l’unique Esprit, pour former un seul corps » ( 1Co 12,13), de sorte que l’Apôtre peut dire à ses fidèles laïcs: « Vous êtes le corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps » (1Co 12,27) ; « et voici la preuve que vous êtes des fils: envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos coeurs » (Ga 4,6 cf.Rm 8,15-16).

14. Participants a la fonction sacerdotale,prophétique et royale de Jésus-Christ
S’adressant aux baptisés comme à des « enfants qui viennent de naître », l’apôtre Pierre écrit: « Approchez-vous de Lui: Il est la pierre vivante, que les hommes ont éliminée, mais que Dieu a choisie parce qu’il en connaît la valeur. Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus… Oui, c’est vous qui êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu; vous êtes donc chargés d’annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière… » ( 1P 2,4-5 1P 2,9).
C’est là un nouvel aspect de la grâce et de la dignité du baptême: les fidèles laïcs participent, pour leur part, à la triple fonction de Jésus-Christ: sacerdotale, prophétique et royale. C’est un aspect qui, certes, n’a jamais été négligé par la tradition vivante de l’Eglise, comme on le voit, par exemple, dans l’explication du Psaume 26 que nous présente Saint Augustin: « David reçut l’onction royale. En ce temps-là, il n’y avait à la recevoir que le roi et le prêtre. Ces deux personnes préfiguraient le futur roi-prêtre unique, le Christ (le mot « Christ » vient de « chrisma », qui signifie « onction »). Et notre chef n’a pas été seul à recevoir l’onction, mais nous aussi, qui sommes son corps, nous l’avons reçue avec Lui… Voilà pourquoi l’onction est donnée à tous les chrétiens, alors que dans l’Ancien Testament elle n’était le fait que de deux personnes seulement. Que nous soyons le corps du Christ, cela ressort clairement du fait que nous avons tous reçu l’onction et qu’en Lui nous sommes oints (christi) et Christ, parce que, d’une certaine manière, la tête et le corps forment le Christ dans son intégrité »(19).

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